10è Printemps des Poètes : Poème du 13 mars




Poème du jour



L'Autre

« Je est un autre. » Arthur R.

À force de m’écrire
Je me découvre un peu
Je recherche l’Autre

J’aperçois au loin
La femme que j’ai été
Je discerne ses gestes
Je glisse sur ses défauts
Je pénètre à l’intérieur
D’une conscience évanouie
J’explore son regard
Comme ses nuits

Je dépiste et dénude un ciel
Sans réponse et sans voix
Je parcours d’autres domaines
J’invente mon langage
Et m’évade en Poésie

Retombée sur ma Terre
J’y répète à voix basse
Inventions et souvenirs

À force de m’écrire
Je me découvre un peu
Et je retrouve l’Autre.

Andrée Chédid

10è Printemps des Poètes : Poème du 12 mars




Poème du jour



Le timbre

Je suis dans tous les coins du Monde
Le messager multicolore
Je griffonne la Mappemonde
Et je dépose des lettres d’or.

Je sillonne les fleuves intimes
Je m’imprègne des regards
La flamme qui, soudain s’anime
Et dans vos yeux enfin, s’égare.

Je sens vos mains me caresser
Je reçoit le souffle d’Eole
Et je ne veux pas vous froisser
Alors, dans mon coin je somnole.

Je suis le ralliement des êtres
J’ai le goût de leur salive
Quand l’on m’appose sur la lettre
Je me sens comme, un bateau ivre.

Je suis de toute les couleurs
Je ne connais pas les frontières
Pour vous, je me ferai passeur
J’affranchirai la terre entière.

Philippe Lefebvre,
facteur à Salles-Cuvran (Aveyron), lauréat du concours "Mon facteur est un poète" initié par la Direction du Courrier de La Poste auprès des 100 000 facteurs.
Retrouvez les poèmes gagnants sur www.emotionducourrier.fr

10è Printemps des Poètes : Poème du 11 mars




Poème du jour



Éloge de l’autre

Celui qui marche d’un pas lent dans la rue de l’exil
C’est toi
C’est moi
Regarde-le bien, ce n’est qu’un homme
Qu’importe le temps, la ressemblance, le sourire au bout des larmes
l’étranger a toujours un ciel froissé au fond des yeux
Aucun arbre arraché
Ne donne l’ombre qu’il faut
Ni le fruit qu’on attend
La solitude n’est pas un métier
Ni un déjeuner sur l’herbe
Une coquetterie de bohémiens
Demander l’asile est une offense
Une blessure avalée avec l’espoir qu’un jour
On s’étonnera d’être heureux ici ou là-bas.

Tahar Ben Jelloun
Tanger 7 octobre 2007


Programme de fin de semaine

Le Versificateur
Théâtre en chantier par Mirlitoons Théâtre
Un poète et écrivain public ne parvient plus, malgré le soutien indéfectible de son assistante, à honorer ses commandes. Il décide de tester le Versificateur : une machine capable à partir de thèmes, de mots-clés, de contraintes d’écritures, de composer des textes en prose ou en vers. Mais le Versificateur est-il seulement une machine ? …
Avec : Jean-Louis Moisseron (Le Poète), Nathalie Évangelista (L’Assistante), Jean-Mary Feynerol et Marylène Clée (Le Versificateur). Mise en scène : Marylène Clée. Scénographie : Jean-Mary Feynerol.
• Vendredi 14 mars, à 21 h, Centre d’Accueil, Les Vans.
Participation libre. Renseignements : Mirlitoons, Les Vans, 04 75 39 99 07.

À livres ouverts : la poésie
Lecture - dégustation de poésie autour d’un verre proposée par la Librairie Vandromme - Brion et Mirlitoons Théâtre
• Samedi 15 mars, de 10 h à 12 h, à la Librairie : L’éloge de l’autre.
Participation libre. Renseignements : Librairie Vandromme-Brion, Les Vans (rue Droite), 04 75 37 23 50.

Poésie en partage
Soirée Lectures gourmandes
avec au four(neau) l’équipe du Restaurant biologique À Notre Étoile et au moulin (à paroles) Mirlitoons Théâtre
La soirée est composée de mots pour régaler les oreilles et de mets pour régaler les papilles … Mais pas uniquement ! Pour « Poésie en partage », nous vous demandons d’apporter un texte poétique que vous aimez, à lire par vous ou quelqu’un d’autre. Après le repas, nous oserons même quelques jeux poétiques à partager entre convives …
• Samedi 15 mars, à 19 h 30, Restaurant biologique À Notre Étoile, Les Vans.
Repas (hors boissons) + Spectacle = 15 €.
Places limitées = Réservation conseillée : Restaurant À Notre Étoile, Les Vans (place Ollier), 06 21 16 35 31.

10è Printemps des Poètes : Poème du 10 mars


Poème du jour



Notre frère lointain

Un jour,
nous ferons attention
à notre frère lointain
l’un ne sera plus divisé
et l'autre, notre unique raison d'exister.

Cette nuit,
nous marcherons longtemps jusqu'à l'aube,
reconnaissant d'avoir traversé
tous ces jardins à l'abandon
rapprochant nos lèvres
pour embrasser le ciel qui nous habite.

Pose tes yeux dans ma nuit.
Ton frère est un autre mais pas un étranger.

Quand tu auras pris le temps
de remonter toutes les pages de l'absence,
que tu te seras perdu
au point de ne plus savoir si tu es mort
ou si tu es vivant
une présence
invisible s'offrira à toi :
l'autre face de la réalité,fragile,
avec ses mains d'arc-en-ciel.

La terre nous regarde, comme un appel
au lointain, au silence et à la tendresse.

Je suis sans nouvelle du lointain.
Pour commencer à écrire, il faut apprivoiser
la petite musique qui est en nous,
abandonner toutes les performances.

Il y a un temps pour les sensations,
les paradis artificiels
et un temps pour les apparitions.

J'écris pour pêcher
le regard perdu au fond de la forêt
par manque d'incitation.
Excité par le désir de la publication,
nous n'incitons pas la phrase
à mûrir lentement.

Un poème trop vite publié est voué à l'échec.
Si tu écris un poème,
jette tous tes miroirs par la fenêtre.

Nul besoin d'apparence
pour gagner la rive de l'autre
où les regards deviennent transparents,
chargés de signe,
pour donner du large
et échapper à toutes les formes d'urgence
qui empêchent l'homme
de cristalliser son regard.

L'autre, ce frère lointain,
trop longtemps méprisé, oublié!
Lui seul existe, qui nous écoute et prend soin de nous,
pendant que nous dormons.

Chaque livre écrit
est une bouteille jetée dans les terres.
Qui viendra la repêcher?

Dominique Cagnard
avril 2007 inédit

10è Printemps des Poètes : Poème du 9 mars




Poème du jour



Poème avec un h minuscule

Je chanterai l’homme créateur crucifié
sur ses machines. Chasseur chassé
par ses armes. Harpiste pincé
par ses harpes.
Je chanterai l’homme multiplié par l’homme jusqu’à l’infini.
Je chanterai l’homme : ce mortel-immortel
mon ami-ennemi. Mon frère.

Je chanterai l’homme qui transforme tout
et qui si difficilement se transforme.
Celui qui s’écrit avec un petit h
dans toutes les choses qui sont grandes.

Je chanterai l’homme au pluriel.
Lui, si singulier
si incapable d’être autre
que lui-même : l’homme.

Je chanterai l’homme multiplié par l’homme jusqu’à la foule.
Je chanterai la matière multipliée par la matière jusqu’à l’homme.
Car je ne sais d’autre guerre, je ne sais d’autre paix.
Je ne sais d’autre poème que le chant de l’homme.

Manuel Alegre
O canto e as armas (1967)
Traduction en français de Sophie Lobo et Anne-Marie Pascal



Poèma amb un ò minuscul

Cantarai l’òme creador crucificat
sus sas maquinas. Caçaire caçat
per sas armas. Jogaire jogat
per son arpa.
Cantarai l’òme que multiplica l’òme fins a l’infinit.
Cantarai l’òme : aquel mortal-immortal
mon amic-enemic. Mon fraire.

Cantarai l’òme qu’o tresmuda tot
e tan malaisidament se tresmuda el.
Lo que s’escriu amb un ò pichon
dins totas las causas que son grandas.

Cantarai l’òme al plural.
El qu’es tan singular
tant incapable d’èsser autre
part el meteis : l’òme.

Cantarai l’òme que multiplica l’òme fins a s’amassar.
Cantarai la massa que multiplica la massa fins a l’òme.
Que sabi pas d’autra guèrra. Sabi pas d’autra patz.
Sabi pas d’autre poèma que non siá l’òme.

Manuel Alegre
O canto e as armas (1967)
Traduction en occitan par Marta Martínez Valls

10è Printemps des Poètes : Poème du 8 mars




Poème du jour



La propre au chant

Lorsque le soir jette sa nappe trop pure
Sur le trou de l'azur et le cri de la bête
Les mots jamais lavés
Et la peine triviale
Parle mon frère
Car j'ai les mains qui pleurent
Est-ce que le vent commence à la cascade ?
Pourquoi ai-je les mains qui pleurent ?
Parle je te prie
Le vent rouvrira-t-il sa lessive de mots ?
Donne-moi mon nom dessine mon murmure
Oh ! la pelote du coeur !
- Soupir d'une étonnée de sa douleur
Se pose sur un doigt un mince oiseau de joie
On ne saura lequel
On ne saura de qui

Gabrielle Althen

10è Printemps des Poètes : Poème du 7 mars


Aujourd'hui …
Le grand jour du poème à l'autre


Opération nationale …

Chez vous, au travail, à l'école,
dans la rue…
offrez un poème,
échangez vos poèmes,
postez un poème,
glissez un poème sous la porte,
ceci ou cela mais
donnez un poème à l'autre !


L'Autre, altérable comme nous, ...

L'Autre, altérable comme nous,
secret, habité d'entrailles et de souvenirs,
serre notre main dans sa main chaude,
et quelque chose vous unit soudain:
certitude de vivre ensemble
dans le même mince repli du temps
sur le même point de notre planète.

Une force à deux. Peut-être une tendresse.

Quelquefois le plaisir
qu'un arbre sente bon,
et qu'une parole commune
puisse le dire.

Marie-Claire Bancquart