10è Printemps des Poètes : Poème du 10 mars


Poème du jour



Notre frère lointain

Un jour,
nous ferons attention
à notre frère lointain
l’un ne sera plus divisé
et l'autre, notre unique raison d'exister.

Cette nuit,
nous marcherons longtemps jusqu'à l'aube,
reconnaissant d'avoir traversé
tous ces jardins à l'abandon
rapprochant nos lèvres
pour embrasser le ciel qui nous habite.

Pose tes yeux dans ma nuit.
Ton frère est un autre mais pas un étranger.

Quand tu auras pris le temps
de remonter toutes les pages de l'absence,
que tu te seras perdu
au point de ne plus savoir si tu es mort
ou si tu es vivant
une présence
invisible s'offrira à toi :
l'autre face de la réalité,fragile,
avec ses mains d'arc-en-ciel.

La terre nous regarde, comme un appel
au lointain, au silence et à la tendresse.

Je suis sans nouvelle du lointain.
Pour commencer à écrire, il faut apprivoiser
la petite musique qui est en nous,
abandonner toutes les performances.

Il y a un temps pour les sensations,
les paradis artificiels
et un temps pour les apparitions.

J'écris pour pêcher
le regard perdu au fond de la forêt
par manque d'incitation.
Excité par le désir de la publication,
nous n'incitons pas la phrase
à mûrir lentement.

Un poème trop vite publié est voué à l'échec.
Si tu écris un poème,
jette tous tes miroirs par la fenêtre.

Nul besoin d'apparence
pour gagner la rive de l'autre
où les regards deviennent transparents,
chargés de signe,
pour donner du large
et échapper à toutes les formes d'urgence
qui empêchent l'homme
de cristalliser son regard.

L'autre, ce frère lointain,
trop longtemps méprisé, oublié!
Lui seul existe, qui nous écoute et prend soin de nous,
pendant que nous dormons.

Chaque livre écrit
est une bouteille jetée dans les terres.
Qui viendra la repêcher?

Dominique Cagnard
avril 2007 inédit

10è Printemps des Poètes : Poème du 9 mars




Poème du jour



Poème avec un h minuscule

Je chanterai l’homme créateur crucifié
sur ses machines. Chasseur chassé
par ses armes. Harpiste pincé
par ses harpes.
Je chanterai l’homme multiplié par l’homme jusqu’à l’infini.
Je chanterai l’homme : ce mortel-immortel
mon ami-ennemi. Mon frère.

Je chanterai l’homme qui transforme tout
et qui si difficilement se transforme.
Celui qui s’écrit avec un petit h
dans toutes les choses qui sont grandes.

Je chanterai l’homme au pluriel.
Lui, si singulier
si incapable d’être autre
que lui-même : l’homme.

Je chanterai l’homme multiplié par l’homme jusqu’à la foule.
Je chanterai la matière multipliée par la matière jusqu’à l’homme.
Car je ne sais d’autre guerre, je ne sais d’autre paix.
Je ne sais d’autre poème que le chant de l’homme.

Manuel Alegre
O canto e as armas (1967)
Traduction en français de Sophie Lobo et Anne-Marie Pascal



Poèma amb un ò minuscul

Cantarai l’òme creador crucificat
sus sas maquinas. Caçaire caçat
per sas armas. Jogaire jogat
per son arpa.
Cantarai l’òme que multiplica l’òme fins a l’infinit.
Cantarai l’òme : aquel mortal-immortal
mon amic-enemic. Mon fraire.

Cantarai l’òme qu’o tresmuda tot
e tan malaisidament se tresmuda el.
Lo que s’escriu amb un ò pichon
dins totas las causas que son grandas.

Cantarai l’òme al plural.
El qu’es tan singular
tant incapable d’èsser autre
part el meteis : l’òme.

Cantarai l’òme que multiplica l’òme fins a s’amassar.
Cantarai la massa que multiplica la massa fins a l’òme.
Que sabi pas d’autra guèrra. Sabi pas d’autra patz.
Sabi pas d’autre poèma que non siá l’òme.

Manuel Alegre
O canto e as armas (1967)
Traduction en occitan par Marta Martínez Valls

10è Printemps des Poètes : Poème du 8 mars




Poème du jour



La propre au chant

Lorsque le soir jette sa nappe trop pure
Sur le trou de l'azur et le cri de la bête
Les mots jamais lavés
Et la peine triviale
Parle mon frère
Car j'ai les mains qui pleurent
Est-ce que le vent commence à la cascade ?
Pourquoi ai-je les mains qui pleurent ?
Parle je te prie
Le vent rouvrira-t-il sa lessive de mots ?
Donne-moi mon nom dessine mon murmure
Oh ! la pelote du coeur !
- Soupir d'une étonnée de sa douleur
Se pose sur un doigt un mince oiseau de joie
On ne saura lequel
On ne saura de qui

Gabrielle Althen

10è Printemps des Poètes : Poème du 7 mars


Aujourd'hui …
Le grand jour du poème à l'autre


Opération nationale …

Chez vous, au travail, à l'école,
dans la rue…
offrez un poème,
échangez vos poèmes,
postez un poème,
glissez un poème sous la porte,
ceci ou cela mais
donnez un poème à l'autre !


L'Autre, altérable comme nous, ...

L'Autre, altérable comme nous,
secret, habité d'entrailles et de souvenirs,
serre notre main dans sa main chaude,
et quelque chose vous unit soudain:
certitude de vivre ensemble
dans le même mince repli du temps
sur le même point de notre planète.

Une force à deux. Peut-être une tendresse.

Quelquefois le plaisir
qu'un arbre sente bon,
et qu'une parole commune
puisse le dire.

Marie-Claire Bancquart

10è Printemps des Poètes : Poème du 6 mars




Poème du jour



L'Autre est un Je

L'Autre est un Je
autre que moi
qui n'ai de jeu
que dans l'émoi

Qui ne m'émeus
qu'à travers d'autres
instants dont me
gratifie l'Autre

Ainsi pour moi
l'Autre m'habite
tel que mon moi
en lui s'édite

Pour publier
nos deux répliques
moi-lui-liés
qu'un Je complique

Car l'Autre en Je
plein d'équivoques
Rimbaud rageu-
-sement l'évoque

Et libre en soi
le revendique
de moi à toi
il fait la nique

Aux égoteux
qui n'ont qu'eux-mêmes
pour lire entre eux
leurs siens poèmes.

Claude Albarède

10è Printemps des Poètes : Poème du 5 mars




Poème du jour



Toujours l'autre

L'autre, toujours l'autre,
comme une roche, tenant à peine sur le bord de la route,
comme un porche trahi par la lumière.

Dans ses gestes, ses pas, ses silences.

Dans les paroles échangées,
l'autre,
comme une mémoire qui vous revient,
comme une fenêtre que l'on ne sait plus ouvrir dans sa propre maison.

L'autre qui maçonne ma voix, se lève dans mon enfance,
ressurgit, gisant réveillé.

Je le vois couché dans l'avenir, attentif dans l'éveil,
crépusculaire dans toute ouverture,
l'autre, avec ses feux qui rayonnent dans l'obscur,
avec ses éclats qui se dressent et révèlent l'abîme.

Martial Teboul

10è Printemps des Poètes : Poème du 4 mars






Poème du jour


Prisme

Il n’y a pas l’un ou l’autre,
Il y a l’un et l’autre !
Métisse ta toile aux couleurs du monde !
Métisse le monde aux fils d’or des étoiles
Qui, déliés, se confondent,
Jaunes, blancs, noirs,
Chevelure singulière
Aux couleurs du soir,
Aux couleurs de lumière,
Pour ne faire plus qu’un, plus qu’une,
Qu’il soit blond, qu’elle soit brune…
Métisse le monde aux nuances plurielles !
Prisme multicolore
D’un ballet corps accord
De ce monde kyrielle …

Patrick Aubert
Postier du bureau de Pigalle (Paris 9e) est lauréat du concours interne « Ecris-moi un poème »
initié par La Poste auprès des guichetiers pour le Printemps des Poètes.